vendredi 16 décembre 2011

Auden: Ta présence exactement unique, si précieuse, tellement là en cet instant

Artiste non identifié
« Réveillé, je restais couché contre les bras de ma chaleur et écoutais
Une tempête, heureux de sa tempétuosité dans l'ombre de l'hiver,
Quand mon oreille, comme elle fait dans le demi-sommeil ou l'ivresse légère,
Se mit à débrouiller ce vacarme d'interjections,
Arrangeant ses voyelles aériennes et consonnes aquatiques,
En un discours d'amour suggérant un Nom Propre.
Pas tout à fait la langue que j'aurais choisie, mais, pour autant
Que l'âpreté, la maladresse le permettent, elle parlait à ta louange.
Te nommant un filleul de la Lune et du Vent d'Ouest
Capable d'apprivoiser les monstres réels aussi bien qu'imaginaires,
Comparant l'équilibre de ta façon d'être à un pays de montagne,
Ici, vert à dessein, là, bleu pur pour porter bonheur.
Si bruyante qu'elle fût, et me trouvant très assurément seul,
Elle reconstituait un jour de singulier silence
Où l'on pouvait entendre éternuer de très loin, et je marchais
Sur un promontoire de lave à tes côtés, circonstance aussi éternelle
Que le regard de toute rose, ta présence exactement
Unique, si précieuse, tellement là en cet instant [...] »

W. H. Auden, Commençons par le commencement, traduction Jean Lambert in Poésies choisies (Ed. Nrf, Poésie/Gallimard)